Éditions Luce Wilquin, parution février 2017, 167 pages

 

     Lucie a 7 ans lorsqu’elle découvre pour la première fois une photo d’Hélène Morgenstern, qui est-elle ? Sa mère refuse de répondre à ses questions, elle se mure dans un silence, refusant catégoriquement d’aborder le sujet de sa famille.

« J’ai pris conscience, du haut de mes sept ou huit ans, que j’avais frappé à une porte derrière laquelle se tenait tapi quelque chose qu’on ne pouvait pas réveiller. Mais pas quelque chose de mort et d’inoffensif : quelque chose de menaçant.»

     C’est à partir de ces non-dits que Lucie se lance dans une quête, recherchant ses origines, ses racines, son histoire.

« Dans les caves de cette histoire dont personne ne m’a donné les clés, j’ai trouvé des cadavres et des monstres ; quelques trésors, aussi. »

     De son enquête minutieuse, Lucie découvre que son grand-père Charles Morgenstern a été condamné à mort en 1946 pour avoir porté les armes contre les alliés. C’est un homme sans attache multipliant les maîtresses et les enfants.

« Chaque jour, je me rends au greffe de l’Auditorat militaire, dans les entrailles du Palais de Justice. Je descends dans la mine pour en extraire mon lot de tristesse et d’infamie. Chaque jour, j’en remonte, un peu plus chargée d’un fardeau que je ne peux partager. »

     Lucie parvient à dénouer ce gros sac de nœuds à force de recherches et de patience, il lui a fallu 30 ans pour tout reconstituer et qu’enfin sa mère décide de mettre des mots sur son vécu, sur ce fardeau qu’elle a porté bien trop longtemps

« L’enfance d’Hélène se déroule comme un carrousel d’images, tour du bloc après tour du bloc, mêlant les chronologies et les personnages. »

 

     Un début de lecture très embrumé, la présence de deux arbres généalogiques m’a heureusement sauvée de ce brouillard ! Je me suis sentie étouffée par tous ces personnages venant s’imbriquer autour de Charles Morgenstern. Des petits coups d’œil sur mes notes étaient nécessaires pour ne pas m’égarer, j’avoue avoir survolé des lignes sans comprendre quel personnage l’auteure abordait.

     J’ai hésité à abandonner ma lecture et puis ce secret dont je voulais absolument connaître l’aboutissement m’a mené jusqu’à la fin du récit. Lucie m’a attendrie, elle qui veut se construire une identité, une histoire au milieu de cette famille ‘puzzle’, cet héritage familial hors du commun, et l'écrire. 

« Pendant des années, j’ai accumulé les questions, les traces, les signes et les preuves. J’ai fréquenté les administrations, les archives, les palais de justice. J’ai envoyé des requêtes, interrogé des fichiers, rencontré des témoins. Pendant des années, j’ai pris des notes. Le temps est venu de rassembler les fragments de cette histoire et de les articuler en un récit éclairant. »

 

     Dominique Costermans réussit à nous tenir en haleine avec des chapitres courts, rythmés, en changeant la narration (Lucie et une personne extérieure). Il ne faut pas se laisser engouffrer dans la généalogie au risque de passer à côté de ce secret familial. Une belle lecture qui avait pourtant mal débutée.

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