Mes écrits d'un jour

20 août 2017

La baleine thébaïde- Pierre Raufast

 

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Alma éditeur, parution octobre 2016, 216 pages

   

     Voici un livre qui me faisait très envie depuis quelque temps et mon ami Philippe a bien eu raison de me le prêter, merci.

     Richeville, fraîchement moulé de l’école de commerce ne veut pas devenir comme ses semblables, un assoiffé de pouvoir et d’argent (tiens, dites donc ça me rappelle un certain politicien!). Il veut du vrai, du pur, de l’honnête afin de donner sens à sa vie. C’est ainsi qu’il embarque à bord de l’Hirundo, baleinier affrété par un laboratoire brésilien pour une expédition de 6 mois au large de l’Alaska. Le tout bien mené sous l’œil vif du Docteur Alvarez. Leur objectif : retrouver la ‘baleine 52’ qui chante à une fréquence unique au monde afin de lui injecter un traceur GPS et suivre ses déplacements. Richeville est embauché comme simple matelot, ne connaissant rien à la vie marine il se sent bien isolé, un peu comme cette baleine solitaire qu’il symbolise à sa sœur. Et puis vient cette partie de carte où le statut de Richeville évolue, il se voit attribuer de nouvelles responsabilités mais en imagine-t-il le sens ? Cette mission scientifique connaît un revers tragique et notre jeune matelot va en payer le prix fort.

« Richeville entre dans un monde d’adultes où l’ombre des cylindres est à la fois rectangulaire et ronde : un monde où les différentes nuances de gris font la loi. »

     Il va découvrir le vrai visage du Docteur Alvarez, ce génie génétique capable de tout avec ses sous-fifres.

« Génie contemporain, il se voyait solitaire habitant de l’Olympe. S’il n’était plus Zeus, le dieu de la Pluie, il deviendrait Prométhée, ce Titan qui façonna l’homme avec de la glaise. »

 

     Il m’a suffi de quelques lignes pour entrer dans l’univers de Pierre Raufast. Cet humour décalé et ce franc-parler surmonté de bon sens (surtout lorsqu’il s’agit de tacler les écoles de commerce!). Une folle lecture qui m’a fait plonger dans cette eau glacée du Grand Nord, soutenue, intense, mouvementée, je me débattais à chaque rebondissement mais que c’était bon.

     Le roman se présente en 3 parties. Tout d’abord la recherche de la baleine 52 avec la présentation de chaque personnage. Ensuite on découvre qui est le Dr. Alvarez spécialisé en biologie génétique à la source de l’expédition. Enfin on en apprend plus intimement sur chacun du passé au présent.

     L’auteur nous interpelle sur les ‘pouvoirs’ de l’Homme en génétique. Ç’en est même flippant ! L’Homme est pointé du doigt pour sa cruauté à toute épreuve, son égoïsme profond et son ego surdimensionné ! De quoi nous écœurer.

« -Chaque assiette est unique ! Comme l’ADN qui vous compose. Bienvenue dans le futur ! Nous allons découvrir des choses incroyables et vivre les années les plus excitantes de notre vie ! »

     J’ai aimé ce texte, il est particulier voire unique dans ces écrits, dans sa construction, un peu foufou et cela change du classique trop ciblé de la littérature générale. Alors je vous dis à très vite M. Raufast.

« Voyager, c’est aussi cela : constater que le monde est plein de mystères et que l’homme n’a pas réponse à tout. »

 


18 août 2017

Les soignants, athlètes du quotidien- Isabelle Flückiger Jachym

Évidence éditions, parution 2017, 152 pages

 

 

     Isabelle Flückiger Jachym dresse le portrait de soignants/soignés à travers des poèmes, nouvelles et pensées. Que ce soit du point de vue d’un médecin, d’une fille rendant visite à sa mère hospitalisée, d’une infirmière fraîchement diplômée, d’un patient…nous découvrons l’envers du décor. Ce décor si idéalisé par les institutions, les médias, notre gouvernement mais est-il si près de la réalité ?

« On vous brosse un univers quasi idyllique où vous serez traité comme des rois, avec des brochures où les photos respirent le bonheur, où il fait beau, où tout le monde rit, s’amuse, se sourit… »

« Puis tu déchantes, tu te renseignes, tu psychotes même, car tu t’informes. Tu vois des reportages à la télé, tu lis des articles dans les magazines, les journaux… La maltraitance, ça finit par te faire peur, te bouffer de l’intérieur. »

     L’auteure salue ces équipes médicales dans leur quotidien très athlétique où le tic-tac de l’horloge ne fait que résonner. Courir après le temps dans une prise en charge de personnes malades où les moyens humains et matériels sont de plus en plus restreints et leur coût élevé.

« Tout est une question de timing, il faut être opérationnel,

On en finit par oublier le contact humain, le relationnel,

Ce qui fait d’un soignant, un être fait de sourires et de compassion

Qui vous tient la main dans les moments de détresse et de frustration. »

     Elle n’oublie pas le patient et son positionnement dans cette tornade médicale, son adaptation de mode de vie afin de se laisser porter les yeux fermés.

« On entend des télés ou des postes radio à tue-tête. Chacun dans sa chambre essaye d’organiser sa vie. »

     36 chapitres pour aborder la maladie, la dépendance, le handicap, le don d’organes mais aussi l’humanitude, ce respect de l’Homme que l’on essaie de maintenir au maximum tout en frôlant parfois la ‘maltraitance institutionnelle’.

« Nous aimerions que le personnel soit content de nous donner des soins, que le personnel puisse souffler, puisse sourire, de vrais sourires pleins de vie… »

     Il y a tellement de magnifiques passages que je ne peux les relever tous, je vous invite à découvrir ce bouquin au plus vite. Merci à Isabelle F-J pour cet hommage à notre quotidien de soignants bien trop souvent difficile mais tellement riche humainement.

« Elle est aide-soignante, métier mal reconnu et, pourtant,

Combien ses gestes quotidiens sont importants,

Car tous les trésors du monde n’ont pas la valeur

Des sourires qu’elle offre avec son cœur. »

 « Quoiqu’il advienne, un soignant restera toujours un soignant, car soigner est un ‘état d’être’. »

 

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03 août 2017

La joueuse de go- Shan Sa

Folio février 2017, Grasset 2001, 326 pages

Prix Goncourt des lycéens 2001

 

     Début des années 30. Le Japon envahit la Mandchourie, la guerre fait rage.

     Elle, collégienne de 16 ans (dont je tais le prénom volontairement) joueuse invétérée de go sur la place des Mille Vents, a la réputation d’être une adversaire redoutable.

     Lui, cet Inconnu, ce soldat de l’armée japonaise devenu espion à la demande de son capitaine, homme froid et distant, voué à la tradition de son pays.

     Ces deux-là n’auraient jamais dû se rencontrer, tous les séparent et pourtant le go les fait se rapprocher un peu, beaucoup, dangereusement.

« Après un entraînement impitoyable qui dessèche et brise le corps, une séance de go avec la Chinoise est une évasion vers le pays des démons. »

     Chacun tait sa vraie nature mais à force de parties de go un lien se noue entre eux inconsciemment. Elle ignore que cet Inconnu recherche les résistants tels que son amant. Sans rien dévoiler ils s’apprivoisent et se décryptent pour peut-être s’aimer.

« Comment lui ouvrir mon cœur sans trahir ma patrie ? Comment lui dire qu’un miroir nous sépare, que nous tournons en rond dans deux mondes hostiles ? »

 

 

     Ce roman est un bijou à la Shakespeare. Deux destins que tout oppose mais que tout réunit…

     Le récit est découpé en courts chapitres où chacun des deux personnages est narrateur. Nous découvrons la jeune collégienne avec ses premières amours, son envie de vivre pleinement son adolescence, refusant de devenir une épouse soumise à son mari.

« J’ai besoin de respirer la vie, les arbres, la chaleur de ma ville. Je saurai maîtriser mon destin et me rendre heureuse. Le bonheur est un combat d’encerclement, un jeu de go. Je tuerai la douleur en l’étreignant. »

     À travers lui, j’ai imaginé cette guerre faite de viol, de torture et d’exécution. Cet homme prêt à se sacrifier pour sa patrie.

     Un roman délicat qui heurte, avec ce conflit empli de violence, mais qui émeut par l’amour essayant de se faire une place. Il est également initiatique, ce passage à l’âge adulte où la découverte du sexe et des sentiments prône.

« Au fur et à mesure que je découvre le corps de Min, centimètre par centimètre, il devient une terre infinie. Je l’explore, j’écoute le soupir de sa peau, je lis la carte de ses veines. »

     J’ai été touchée par ces deux voix si différentes. Le poids de la tradition dans la culture asiatique m’a parfois heurté, nous qui sommes à mille lieux de vivre ça en occident.

     Un magnifique texte, poétique en contradiction avec le contexte du récit, agréable à lire mais ô combien douloureux il faut l’avouer. Cette fin tragique m’a fait verser plus d’une larme.

 

     Merci à Madame ‘Doucet’ pour ce joli cadeau.

 

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01 août 2017

Bilan de la première sélection 2017-68 premières fois

    

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     Clap de fin pour la première sélection de  2017 contenant 17 premiers romans. Je suis heureuse d’avoir pu la lire entièrement, certes à un rythme très soutenu je vous l’avoue en plus de mes lectures perso.
     Il est toujours délicat de mettre ses lectures dans des cases alors je vous propose un classement par étoiles :

* Non pas pour moi !

** Bof Bof !

*** Wouhh pas mal !

**** Attention c’est du lourd !

 

     Voici donc mon bilan :

 

* Non pas pour moi !

     Principe de suspension de Vanessa Bamberger     

     Le cœur à l’aiguille de Claire Gondor

     Presque ensemble de Marjorie Philibert

     La plume de Virginie Roels

     Mon ciel et ma terre de Aure Atika

 

** Bof Bof !

     De la bombe de Clarisse Gorokhoff

     Outre-mère de Dominique Costermans

 

 

*** Wouhh pas mal !

     Les parapluies d’Erik Satie de Stéphanie Kalfon

     Ne parle pas aux inconnus de Sandra Reinflet

     Marx et la poupée de Maryam Madjidi

     Elle voulait juste marcher tout droit de Sarah Barukh

 

 

**** Attention c’est du lourd !

     La sonate oubliée de Christiana Moreau

     Nous, les passeurs de Marie Barraud

     La téméraire de Marine Westphal

     La tresse de Laetitia Colombani

     Maestro de Cécile Balavoine

     Marguerite de Jacky Durand

 

 

     Un grand merci à nos fées 68 pour toutes ses découvertes et RDV en septembre pour la deuxième sélection qui je pense s’annonce grandiose.

 

 

27 juillet 2017

Dérapages- Martine Magnin

Ella Éditions, parution juillet 2017, 225 pages

 

     Je tiens à remercier Martine Magnin pour l’envoi de son ouvrage avant publication officielle, c’est un honneur.

 

     Tout commence par le visionnage d’une cassette. Un homme inconnu livre des faits et souhaite bon courage à son destinataire. Que s’est-il passé ? Voilà ce que je me suis dit dès les premières lignes. OK me voilà embarquée dans un policier, lecture très rare me concernant. Régis, ce garagiste à Remoulins cherche un nouveau bâtiment afin de déplacer son affaire, contraint et forcé. C’est alors qu’il tombe sur une affaire en ‘or’. Un ancien garage (ou plutôt ce qu’il en reste suite à un triste incendie), est à vendre à un prix dérisoire. C’est au début des travaux que Régis trouve une boîte en métal sous une trappe, contenant cette fameuse vidéo et un important tas de billets appartenant à Raymond.

     À partir de là nous découvrons un roman polyphonique. Régis ne sait comment réagir face à cette découverte des plus bizarres, il nous livre ses doutes, ses rêves et ses peurs. Comment avoir bonne conscience en se servant de cet argent tout en sachant que l’ancien propriétaire est mort dans l’incendie ?

« Pour parler franchement, je veux bien un peu d’oseille, mais pas de pruneaux. Désolé, c’est de l’humour de garagiste. »

     Et puis Hortense, la belle-sœur de Raymond. Elle qui s’occupe de ses nièces désormais orphelines. Parviendra-t-elle à gérer ce nouveau rôle face à des enfants endeuillées.

« C’est difficile de soutenir une vie construite sur des deuils. C’est juste un tableau idyllique à regarder rapidement et de loin. De près, ça ressemble souvent à Beyrouth après une attaque de Scuds ennemis ou à un tableau de Picasso de la dernière période. »

     Hélas elle doit également affronter ses soucis de couple. Henri son mari délaisse le foyer à des fins professionnelles mais pas que. Enfin, Fernand, cet assureur à la retraite qui considère avoir classé trop vite le dossier sur l’incendie du garage de Raymond. Il n’arrive plus à dormir et veut se racheter une conscience mais comment faire ?

 

     Vous l’avez compris ‘Dérapages’, n’est pas vraiment un roman policier je dirais plutôt que l’on suit les dérapages de quatre protagonistes dans les aléas de la vie mais où chacun gravite autour de cette vidéo mystère.

     Martine Magnin nous offre un récit accessible de par son écriture aussi sentimentale que cash. Chaque lecteur y trouvera son p’tit bonheur et se laissera happer par ce tourbillon de bonne aventure. Une lecture d’été que je vous conseille.

 

couverture


24 juillet 2017

Les petites reines- Clémentine Beauvais

Sarbacane, parution avril 2015, 270 pages

 

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Élu meilleur livre jeunesse de 2015 par le magazine Lire. Prix Sorcières 2016. Prix Libr’Anous ados 2015.

 

     Astrid, Hakima et Mireille sont trois adolescentes élues boudins d’or, d’argent et de bronze de leur collège. Concours stupidement orchestré par un certain Malo ! Chacune prend la chose avec légèreté mais au fond elles sont blessées et humiliées. Que faire ? Se révolter ? Encaisser ? Non, elles vont relever un grand défi, celui de se rendre à la Garden Party de l’Élysée le 14 juillet en vélo.

« Mais maintenant…les vélos sont là, ils étincellent dans la lumière blonde ; ils disent : Et pourquoi pas, après tout ? Ils attendent qu’on les enfourche, et qu’on les emmène jusqu’à Paris. Ils frémissent d’impatience et d’excitation. »

     Et pour tordre le cou à ce stupide grade de ‘boudins’ elles décident d’en vendre au long du trajet pour financer leurs dépenses. Une belle occasion de montrer que leur physique ne les empêche pas de vivre et de tout affronter avec courage.

« Vous pouvez le mettre en gros sur le site du Progrès : l’individu qui nous a fait ce coup a raté son attentat terroriste. »

     Les filles sont chaperonnées par Kader, le grand frère d’Hakima, ancien soldat amputé de deux jambes. Leur histoire intéresse alors les réseaux sociaux et les journaux locaux, de vraies stars.

 

 

     Clémentine Beauvais signe ce roman comme un rayon de soleil, il fait un bien fou et casse les clichés de la rondeur. Car oui ces ados sont en surpoids, et alors ! Elles ne se battent pas pour maigrir, non, elles tentent de s’assumer et y parviennent, c’est joli à lire.

« C’est parce que mes grands-parents tiennent un restaurant. Je suis tombée dedans quand j’étais petite. Comme Obélix. D’où, peut-être, un indice de masse corporelle assez proche… »

     L’auteure pose un regard sur le handicap de Kader, en fait une force et un atout. Elle aborde aussi le harcèlement à l’école, cette saloperie qui bouffe de l’intérieur, comment faire face aux moqueries ? À trois on est plus fort et nos héroïnes le prouvent largement. Tout au long du périple elles grandissent et mûrissent, devenant de plus en plus touchantes. Je suis fière de vous les petites reines, bravo.

 

     Découvrez également la pièce de théâtre de Justine Heynemann.

 

théâtre

18 juillet 2017

Forever Young- Charlotte Orcival

Parution octobre 2015, 313 pages, auto-édité

 

 

     Depuis quelque temps je suis la création du tout nouveau magazine littéraire Blogger’s grâce à leur profil Facebook, se concentrant principalement sur la littérature ado et jeune adulte ainsi que sur les auteurs auto-édités.  Puis comme j’aime les défis je me suis dit zou je tente ma chance en tant que rédacteur. C’est avec joie que j’ai appris ma sélection dans la deuxième phase de recrutement. Pour cela il m’a été proposé la lecture et la chronique du roman ‘Forever Young’ de Charlotte Orcival. En voilà le résultat.

 

     1984, Anna 13 ans démarre une nouvelle vie en Bretagne. La petite famille parisienne a suivi le père et son nouvel emploi. Anna découvre un collège où tout lui est inconnu mais elle ne met pas de temps à se faire des amis. Tout d’abord, Erwan, ce jeune homme au grand cœur se considérant comme son grand-frère et la prenant sous son aile. Et puis, Laure avec ses parents instables, qui devient sa meilleure amie. Enfin, il y a Julien, son cœur fait boum-boum rien qu’en croisant son regard.

« À l’intérieur de moi, c’était le bordel, l’effervescence, la surprise, la peur. C’était tout un tas de sensation que je ne savais pas définir. C’était un nouveau monde. Une exploration à peine entamée dont je devinais qu’elle pouvait m’emmener plus loin. J’avais chaud, j’avais froid et tout mon corps semblait soumis à ses yeux qui ne manquaient jamais de me regarder tout  autant que je le regardais. »

     Durant cette année scolaire ce cercle de copains va en voir de toutes les couleurs.

« C’est la première fois que je ressens tout ça. C’est la première fois que j’ai l’impression de compter pour des gens autant qu’ils comptent pour moi. Je me sens invincible avec eux. »

 

     Charlotte Orcival nous présente Anna à travers son journal intime, faisant face à cette période difficile qu’est l’adolescence. Au fil des pages on s’attache à Anna, se projetant même dans notre propre adolescence avec l’insouciance, la naïveté mais aussi les premières fois. On découvre avec elle le coup de foudre, les papillons dans le ventre et ce jeu du chat et de la souris avec Julien, j’ai eu envie de leur crier ‘Mais aller embrassez-vous’ à maintes reprises, absorbée par leur histoire.

« Je voudrais être indifférente et hautaine. Mais non, rien de ça. Je suis cette pitoyable fille amoureuse d’un con. Voilà, c’est dit, je l’admets. J’aime Julien. Je l’aime même pour les choses qu’il fait qui me blessent. »

     Ce roman est celui d’une ado qui grandit avec tout ce que cela implique, les doutes, la colère, le mensonge, les peines mais aussi le bilan des premières fois avec la trahison, la perte de quelqu’un, la déchirure et le renoncement.

     Seul bémol du côté de l’écriture, il manque un travail de relecture. J’ai noté quelques fautes d’orthographes et l’absence de 2-3 mots mais cela ne gâche en rien la lecture.

     Le récit est réaliste, l’écriture est simple rendant la lecture fluide et efficace. À noter les références musicales au début de chaque chapitre créant l’ambiance de ce qui va suivre.

     Un bien joli premier roman de Charlotte Orcival qui nous fait nous questionner sur les bonheurs simples de la vie. Zou je m’en vais me poser au bord de l’eau pour admirer la vue.

 

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10 juillet 2017

Quelqu’un qu’on aime- Séverine Vidal

Sarbacane, parution août 2015, 202 pages

 

     Garry est atteint de la maladie d’Alzheimer, sa mémoire part en sucette ! Alors avant que celle-ci ne sombre dans l’oubli, Matt son petit-fils décide de lui offrir un joli flash-back. En effet, lorsque Garry était jeune il était fan de Pat Boone et avait participé à sa tournée en 1958. Matt décide de refaire ce voyage à travers les USA durant deux mois.

« Quel petit-fils ferait ça, hein ? S’imposer des semaines avec un vieux dingo qui perd la boule –oui parce que, je vous ai pas dit, j’ai ce vilain machin, cette merde galopante, l’Alzheimer. Et… je… je perds tout, mes mots, mes clés, mon portefeuille, ma vie. » 

     Mais c’est sans compter sur Dixie ex petite-amie de Matt qui vient lui annoncer qu’il est le père d’une petite Amber de 18 mois et dont elle ne peut assurer la garde car elle travaille. Mais est-il si facile d’organiser un tel voyage sans encombre ? Tout commence mal à cause d’une tempête de neige les bloquant à l’aéroport. Et pourquoi pas un mal pour un bien ? Notre trio croisent la route d’une trentenaire totalement paumé et d’un ado fuyant sa famille. Finalement ce n’est que le début d’une belle aventure.

 

     Séverine Vidal signe ce roman comme un road-trip à l’américaine. Dès les premières lignes j’ai été absorbée par ses personnages, j’ai voyagé avec eux à travers la Californie et le Nevada.

     Le duo grand-père/petit-fils nous offre un moment unique plein de tendresse. Le lien entre eux est beau et fort et on le ressent grâce aux mots choisis par l’auteure. Matt se bat pour que Garry n’oublie pas et vive au mieux ses derniers instants de pleine lucidité. Il n’y a pas plus belle déclaration d’amour.

« Je perds ma vie, la mémoire. Et ce garçon, assis là, il tente de réveiller ce qui dort. Des souvenirs enfouis. C’est pas beau, ça ? »

     Chaque personnage a un caractère bien défini, nous donnant envie, chacun à sa façon, de les serrer fort dans nos bras à un instant T. Que ce soit lorsque Luke dévoile son secret ou bien lorsque Antonia explique son besoin de liberté, on a l’impression d’être leur confident. Et puis, Amber, ce bébé bercé de bienveillance tout au long du parcours par chacun.

     Ce roman est rempli d’amour, d’espoir et de joie de vivre. Séverine Vidal ne le rend pas triste, elle a la plume poétique et délicate. J’avoue y avoir versé une petite larme mais détrompez-vous c’est de bonheur en le refermant tellement il est beau. En clair il fait un bien fou.

 

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Rencontre avec Louis-Philippe Dalembert- 6 juillet 2017 Librairie Doucet

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     Louis-Philippe Dalembert est né le 8 décembre 1962 à Port-au-Prince, Haïti. Il est écrivain d’expression française et créole.

 

Œuvres principales:

    ** Romans:

·         Le Crayon du bon Dieu n’a pas de gomme. Paris: Stock, 1996; Paris: Le Serpent à Plumes (Motifs), 2004; Port-au-Prince: Presses Nationales d’Haïti, 2006.

·         L’Autre face de la mer. Paris: Stock 1998; Paris: Le Serpent à Plumes, 2005; Port-au-Prince: Presses Nationales d’Haïti, 2007.

·         L’Île du bout des rêves. Paris: Bibliophane/Daniel Radford, 2003.

·         Rue du Faubourg Saint-Denis. Monaco: Du Rocher, 2005.

·         Les dieux voyagent la nuit. Monaco: Du Rocher, 2006; Port-au-Prince: Éditions des Presses Nationales, 2010.

·         Epi oun jou konsa tèt Pastè Bab pati (en créole). Port-au-Prince: Éditions des Presses Nationales, 2008.

·         Noires blessures. Paris: Mercure, 2011; Port-au-Prince: Ami-Livre, 2012.

·         Ballade d’un amour inachevé. Paris: Mercure, 2013; Port-au-Prince: C3 Éditions, 2014.

·         Avant que les ombres s’effacent. Paris: Sabine Wespieser, 2017.

    ** Poésie:

·         Evangile pour les miens. Port-au-Prince: Choucoune, 1982.

·         Et le soleil se souvient (suivi de) Pages cendres et palmes d’aube. Paris: L’Harmattan, 1989.

·         Ces îles de plein sel et autres poèmes. Ivry-Sur-Seine: Silex/Nouvelles du Sud,2000.

·         Poème pour accompagner l’absence. Montréal: Mémoire d’encrier, 2005.

Prix et distinctions littéraires:

·         1987     Grand prix de poésie de la Ville d’Angers pour le recueil Et le soleil se souvient (sur manuscrit).

·         1997     Écrivain résident à Mishkenot Sha’ananim, Jérusalem. Bourse Unesco/Aschberg.

·         1994-1995     Pensionnaire de la Villa Médicis à Rome.

·         1998     Bourse Poncetton de la Société des Gens de Lettres, pour L’Autre face de la mer.

·         1999     Prix RFO du Livre, pour L’Autre face de la mer.

·         2008     Prix Casa de las Américas, pour Les dieux voyagent la nuit.

·         2010     Chevalier des Arts et des Lettres de la France

·         2011     Bourse Barbancourt.

·         2013     Prix Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres, pour Ballade d’un amour inachevé.

·         2017     Prix du livre France Bleu/Page des libraires, pour Avant que les ombres s’effacent.

·         2017     Prix Orange, pour Avant que les ombres s’effacent.

 

     Louis-Philippe Dalembert est venu nous parler de son dernier roman ‘Avant que les ombres s’effacent’ paru en mars 2017 chez Sabine Wespieser Editeur.

     On y suit l’histoire de Ruben, juif polonais qui a émigré à Haïti en 1939 grâce à un décret autorisant la délivrance de passeport aux Juifs. Il y passe une grande partie de sa vie. Après le séisme de 2010 Ruben accepte de revenir sur son histoire familiale pour la petite-fille de sa défunte tante Ruth.

     Dans ce récit l’idée première de l’auteur était l’humain. En révéler quelque chose, envoyer un message positif et croire en lui. Pour écrire l’auteur a pris comme fil conducteur le roman sur « l’égalité des races humaines » d’Anténor Firmin (1885) en réponse à l’essai sur « l’inégalité des races humaines » d’Arthur de Gobineau (1853) utilisé lors de la Seconde Guerre mondiale par les nazis.

     Louis-Philippe Dalembert s’appuie sur des faits historiques pour écrire son roman en les traitant de façon joyeuse. Il a effectué de nombreuses recherches depuis 2002 pour enfin mettre sur papier il y a juste 3 ans. En écrivant il se rendit compte que son récit était trop grave, il se relisait et le rendait alors plus léger, cassant le rythme de la phrase pour que le texte respire.

     Louis-Philippe Dalembert partage avec nous l’histoire de son pays natal, Haïti, il en est très fier et nous en parle avec le cœur, « pays fondé sur le déni mondial de l’esclavage ». Il nous confie avoir aimé y vivre entre deux guerres pour cette vie de fête autour du jazz et de Joséphine Baker. Il nous dit que le sport national en Haïti est la poésie, c’est une tradition.

     Un roman plein d’humour en hommage à ce pays si délaissé du monde. Je ne peux que vous conseiller de le lire. Message de tolérance et d’ouverture aux autres.

 

09 juillet 2017

Le bonheur est un déchet toxique- Manu Causse

Thierry Magnier, parution avril 2017, 274 pages

 

     Nathanaël a toujours vécu avec son père, seuls entre hommes, une fusion à toute épreuve. Une épreuve, en voilà une difficile à surmonter, la maladie, ce foutu cancer tombé sur les épaules du père. Ce binôme va profiter au maximum des derniers instants ensembles, entre confidences et complicité.

« - L’amour, ça ne meurt jamais, Nathan. C’est le secret de l’univers. Ca vibre depuis toujours et pour toujours. On ne peut pas tout comprendre de la vie, de l’existence, mais je veux que tu sois sûr d’une chose : je suis là, avec toi. Pour toujours. »

     À la mort de son père Nathanaël se découvre une mère qu’il croyait inexistante jusqu’à présent. Celle-ci veut renouer avec ce fils inconnu allant même jusqu’à en demander la garde totale. Nathanaël se voit alors prendre un nouveau départ pour une nouvelle vie à St Targoire en pleine campagne, loin de tout. Va-t-il réussir à s’acclimater dans ce décor si hostile à ses yeux ? Et puis ce nouveau lycée, ses camarades, ce mode de vie vegan. Enfin il y a cette zone à défendre, en effet il est prévu une construction de décharge à Quéribut et le village a décidé de faire entendre son désaccord. Comment cet ado va surmonter tous ces bouleversements d’existence ?

 

     Manu Causse nous offre un roman très riche en thèmes.

     Nous suivons le cheminement de Nathanaël durant la maladie de son père. Comment celui-ci le prépare et lui donne les moyens de continuer sa vie sans lui. Tout au long du récit l’ado entretient un dialogue avec son père en fonction des épreuves et des questionnements qu’il traverse.

« Mais la vraie raison, c’est que j’ai peur. J’ai peur qu’un psy me dise que j’ai tort de continuer à parler à mon père. Qu’il me demande d’arrêter ces dialogues dans ma tête. Qu’il m’y oblige, ou qu’il ait le pouvoir de les faire taire. »

     Le deuil est abordé avec subtilité par Manu Causse, le lecteur se laisse porter dans cette reconstruction de soi.

« Ca fait comme un basculement dans ma tête. D’un seul coup, pour la première fois depuis des mois, je sais où je suis. Physiquement. Ça fait comme si les lignes se croisaient. Un déclic. »

     Il y a aussi ce déracinement radical, ce mode de vie vegan à dompter avec cette mère inconnue au bataillon. Nathanaël la rejette lorsqu’elle débarque dans sa vie, il ira même jusqu’à la détester profondément et finira par s’y adapter n’ayant pas d’autre choix.

     Le militantisme est aussi abordé à travers le projet de décharge. Ces agriculteurs prêts à tout pour défendre leurs terres. Cela me rappelle les opposants au barrage de Sivens en 2014 avec la mort tragique de l’écologiste Rémy Fraisse. Nathanaël observe beaucoup les faits et finit par se prendre au jeu dans cette lutte si importante aux yeux de sa mère.

« Les arbres disparus, le bois vidé de sa substance. Le sol raclé, décapé, ne laissant qu’une terre jaune et gris. De part et d’autre de la tranchée, ils ont empilé les plus gros troncs. Les branches emmêlées ressemblent à des bras de cadavres encastrés les uns dans les autres. Au-dessus, la toile déchirée des tentes et des tipis ondule lentement. »

     Nathanaël se construit au fil des pages, il grandit, mûrit, évolue ; mené par un style d’écriture qui m’a beaucoup plu. J’ai été émue par ce personnage impacté bien trop tôt par le deuil et réussissant à trouver sa place dans cette nouvelle aventure.

 

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